L’impôt sur la fortune immobilière concerne aujourd’hui plus de 150 000 contribuables en France. Depuis la fin de l’ISF, cet impôt se concentre uniquement sur le patrimoine immobilier, avec un seuil d’imposition fixé à 1,3 million d’euros. Ce changement majeur a profondément modifié les stratégies patrimoniales.
De nombreux investisseurs s’interrogent : faut-il déclarer un bien en nue propriété ? L’usufruitier devient-il automatiquement redevable de l’IFI ? Ces questions reviennent chaque année au moment de la déclaration fiscale. Le sujet est plus technique qu’il n’y paraît, car le démembrement de propriété crée une répartition particulière entre droit d’usage et droit de propriété.
Cet article vous aide à comprendre comment le démembrement influence votre imposition, pourquoi la nue-propriété peut réduire votre charge taxable et comment appliquer correctement les règles prévues par le Code civil et le CGI. L’objectif est simple : faire de votre patrimoine immobilier un levier intelligent, conforme à la loi, et optimisé pour vos investissements futurs.
Qu’est-ce que l’IFI ?
L’IFI taxe uniquement la fortune immobilière. Autrement dit, seuls les biens et droits immobiliers entrent dans le calcul. Le seuil d’imposition est fixé à 1,3 million d’euros de patrimoine immobilier net au 1er janvier de l’année. Si la valeur de vos biens dépasse ce montant, vous devez le déclarer.
L’assiette de l’IFI inclut les immeubles bâtis, les terrains à bâtir et les parts actions de sociétés immobilières. Elle comprend aussi les biens détenus via une société civile ou une société d’investissement immobilier. Les résidences principales bénéficient d’un abattement de 30 %.
Les placements purement financiers, les œuvres d’art ou les titres sans lien immobilier sont exclus de cet impôt. Le calcul IFI repose donc sur la valeur réelle de vos actifs immobiliers au 1er janvier. Chaque propriétaire doit estimer la valeur vénale de son bien, puis appliquer les règles de déduction admises : dettes liées à l’achat, travaux ou prêts encore en cours.
Le barème reste progressif, avec des taux allant de 0,5 % à 1,5 %. Ce dispositif peut représenter une taxe importante pour tout porteur de projet immobilier disposant d’un patrimoine conséquent. Pourtant, une stratégie patrimoniale adaptée peut réduire cette imposition sans enfreindre la loi.
Le démembrement de propriété : un levier fiscal et patrimonial
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Le démembrement de propriété repose sur un principe simple : séparer la pleine propriété en deux droits distincts. L’usufruit confère le droit d’usage et de perception des revenus. La nue-propriété, quant à elle, accorde la titularité du bien sans l'utilisation immédiate.
L’usufruitier profite du bien, l’occupe ou le loue. Le nu-propriétaire, lui, en détient la valeur patrimoniale. Ce partage permet d’adapter la gestion du patrimoine selon les besoins de chaque personne. Par exemple, un parent peut conserver l’usufruit d’un logement tout en transmettant la nue-propriété à ses descendants par donation. À son décès, les enfants récupèrent la pleine propriété sans droits supplémentaires.
Dans le domaine immobilier, ce mécanisme représente une stratégie d’investissement à long terme. En achetant la nue-propriété, un individu paie une fraction du prix total, car il renonce à l'utilisation immédiate du bien. Cette décote, souvent comprise entre 30 % et 50 %, permet d’optimiser son placement tout en échappant à l’IFI durant la période du démembrement.
Sur le plan juridique, le Code civil encadre strictement cette opération. Le démembrement conventionnel découle d’un acte volontaire entre deux parties, tandis que le démembrement par la loi résulte d’une succession, notamment en faveur du conjoint survivant. L’article 968 du CGI précise alors qui est redevable de l’IFI : dans la majorité des cas, l’usufruitier propriétaire supporte l’imposition sur la pleine valeur du bien.
Ce mécanisme, souvent mal compris, transforme la gestion du patrimoine en véritable stratégie de transmission. Il protège le conjoint, allège l’impôt sur la fortune immobilière et valorise le patrimoine familial. La disposition judicieuse du démembrement de propriété permet donc de structurer un capital, tout en anticipant les droits immobiliers futurs.
Qui paie l’IFI en cas de démembrement ?
La question de l’imposition lors d’un démembrement de propriété suscite souvent des incompréhensions. Pourtant, la réponse est claire dans la loi fiscale. Tout dépend du type d’usufruit et de l’origine du démembrement. En maîtrisant ces règles, vous évitez les erreurs lors de la déclaration et optimisez votre patrimoine immobilier.
Principe général : l’usufruitier redevable de la pleine propriété
L’article 968 du CGI pose la règle : les biens grevés d’un usufruit sont compris dans le patrimoine de l’usufruitier pour leur valeur en pleine propriété. Autrement dit, l’usufruitier propriétaire supporte l’IFI sur la totalité du bien. Le nu-propriétaire n’a rien à déclarer. Cette règle s’applique dans la majorité des situations rencontrées en France.
Pourquoi ce principe ? Le droit civil apporte la justification. L’usufruitier bénéficie de l’usage du bien et perçoit les revenus immobiliers générés. Il supporte aussi les taxes, les réparations et les impôts afférents à la propriété. Ce rôle actif justifie qu’il soit redevable de l’IFI. Selon le BOFiP, cette logique reflète le lien entre droit de disposition et charge fiscale : celui qui profite du bien assume la taxation.
Prenons un exemple concret. Vous possédez l’usufruit d’un appartement locatif, tandis que vos descendants détiennent la nue-propriété. Vous percevez les loyers, payez la taxe foncière et entretenez le logement. À ce titre, c’est votre fortune immobilière qui inclut la valeur totale du bien. La déclaration doit mentionner sa valeur en pleine propriété, sans réduction liée au démembrement.
Ce principe protège aussi l’administration. Il évite les montages artificiels visant à soustraire un bien de l’assiette de l’impôt sur la fortune. Le démembrement de propriété ne peut pas servir d’abri fiscal, sauf dans des cas légaux précis.
Exception : imposition partagée selon l’origine de l’usufruit
Certaines situations dérogent à cette règle stricte. L’article 968 du CGI prévoit une exception pour l’usufruit réglementaire, notamment celui du conjoint survivant. Dans ce cas, la valeur du bien est répartie entre l’usufruitier et le nu-propriétaire selon le barème fiscal fixé par l’article 669 du même code.
Ce barème prend en compte l’âge de l’usufruitier au 1er janvier. Plus celui-ci est âgé, plus la part de valeur attribuée à la nue-propriété augmente. Par exemple, à 70 ans, l’usufruit correspond à 30 % de la valeur totale, et la nue-propriété à 70 %. Cette fraction détermine la part imposable pour chacun.
Cette exception repose sur la nature du démembrement. Si l’usufruit résulte d’un décès ou d’une disposition légitime, on parle d’usufruit réglementaire. Si, au contraire, le démembrement découle d’une convention volontaire, comme une donation avec réserve d’usufruit, l’imposition revient intégralement à l’usufruitier. La distinction entre usufruit légitime et usufruit conventionnel est donc décisive.
Pour que cette exception s’applique, certaines conditions doivent être respectées. L’usufruit ne doit pas avoir été cédé, vendu ou transformé. Il doit découler directement de la loi, notamment dans le cadre d’une succession entre époux. En pratique, cela concerne surtout le conjoint survivant qui conserve le droit d'utilisation et de jouissance du logement familial.
Valorisation et calcul de l’IFI en cas de démembrement
Une fois l’origine du démembrement identifiée, reste à déterminer la valeur imposable. Le calcul IFI repose sur le barème de l’article 669 du CGI, qui fixe la répartition entre usufruit et nue-propriété.
Barème fiscal : article 669 du CGI
Le barème s’appuie sur l’âge de l’usufruitier. À moins de 21 ans, l’usufruit représente 90 % de la valeur totale. Entre 61 et 70 ans, il tombe à 40 %. Au-delà de 91 ans, il ne vaut plus que 10 %. Ces pourcentages permettent de calculer la fraction correspondant à la nue-propriété et à l’usufruit.
Exemple : un bien immobilier estimé à 600 000 € appartient à une personne de 70 ans. L’usufruit vaut 30 %, soit 180 000 €, et la nue-propriété 70 %, soit 420 000 €. Si ce bien est détenu par un conjoint survivant, chacun sera imposé selon sa part respective dans le patrimoine.
Cas selon l’origine du démembrement
Pour un démembrement légitime, comme une succession, le barème s’applique strictement. Chaque partie déclare la valeur correspondant à ses droits immobiliers. En revanche, dans un démembrement conventionnel, l’usufruitier propriétaire supporte l’intégralité de la taxe. Le nu-propriétaire reste exonéré, car il ne perçoit aucun revenu ni avantage économique.
Avantages, limites et stratégies autour de la nue-propriété

Le démembrement de propriété attire de nombreux investisseurs. Il permet de réduire la charge fiscale tout en préparant la transmission du patrimoine. Toutefois, il faut en connaître les règles pour éviter les erreurs et sécuriser son projet.
Avantages pour le nu-propriétaire
Le principal atout de la nue-propriété réside dans la suppression de l’IFI sur le bien concerné. Le nu-propriétaire n’est pas imposable puisque l’usufruitier déclare la valeur totale du bien. Ce mécanisme entraîne une réduction immédiate et réglementaire de l’imposition.
Autre avantage : la décote à l’achat. Le prix d’un bien en nue-propriété est inférieur à celui d’un bien détenu en pleine propriété. Cette réduction dépend de la durée du démembrement et de l’âge de l’usufruitier. Elle permet d’investir dans l’immobilier à moindre coût, sans gestion quotidienne ni contraintes locatives.
Pendant cette période, l’usufruitier prend en charge l’entretien, les taxes et la perception des loyers. Le nu-propriétaire conserve sa liberté financière et son temps. Au terme du démembrement, il récupère la pleine propriété sans frais supplémentaires, ce qui constitue un levier efficace pour bâtir un patrimoine à long terme.
Limites et risques à connaître
La nue-propriété présente aussi des contraintes. Vous ne percevez aucun revenu tant que dure le démembrement. Cet aspect peut freiner ceux qui recherchent un rendement immédiat.
La dépendance à l’usufruitier constitue un autre point de vigilance. Il détient le droit d’usage du bien et gère son occupation. Une mauvaise gestion peut nuire à la valeur finale du bien.
Le fisc surveille également les montages abusifs. Si un démembrement semble artificiel ou destiné uniquement à contourner la loi, il peut être requalifié. Enfin, la durée du démembrement influence la rentabilité : trop courte, elle réduit les avantages fiscaux ; trop longue, elle bloque le capital.
Stratégies patrimoniales efficaces
Pour préparer la transmission, une donation en nue-propriété reste l’option la plus courante. Elle permet de transmettre la valeur du bien tout en gardant l'utilisation et les revenus grâce à la réserve d’usufruit. Les héritiers récupèrent ensuite la pleine propriété sans droits supplémentaires.
Certains entrepreneurs combinent la nue-propriété avec des placements collectifs, comme les parts de SCPI, pour diversifier leurs actifs tout en réduisant leur base taxable.
Le cas du conjoint survivant illustre une autre opportunité. En usufruit légitime, il conserve le droit de disposition du logement et bénéficie d’un régime fiscal allégé selon l’article 669 du CGI. Ce mécanisme protège la résidence familiale et assure une transition patrimoniale sereine.
Avant toute opération, il est essentiel d’obtenir un accompagnement juridique. Un notaire ou un conseil fiscal peut établir une convention claire, conforme au Code civil et aux règles du CGI. Cette prudence évite les litiges et garantit la sécurité du projet.
Déclaration et obligations fiscales
En cas de démembrement, l’usufruitier déclare le bien à l’IFI pour sa valeur totale. Le nu-propriétaire n’a rien à signaler, sauf exception prévue par la loi. La déclaration s’effectue via le formulaire 2042-IFI, en même temps que la déclaration de revenus.
Les taxes foncières et d’habitation restent à la charge de l’usufruitier. En cas de succession, les droits sont calculés selon la valeur de la nue-propriété ou de l’usufruit, en fonction de l’âge du détenteur.
Le démembrement de propriété, bien maîtrisé, reste donc un outil d’optimisation de taxe et patrimoniale efficace. Utilisé avec prudence, il vous permet d’équilibrer imposition, transmission et rentabilité tout en consolidant votre patrimoine immobilier.
Cas pratiques et comparaisons
Comprendre la théorie ne suffit pas toujours. Rien ne vaut des exemples concrets pour mesurer les effets du démembrement immobilier sur la fiscalité et la construction du patrimoine. Ces cas permettent de visualiser les résultats et d’adapter la stratégie à chaque situation.
Étude de cas 1 : démembrement avec usufruit légal pour conjoint
Un couple marié détient un bien estimé à 800 000 €. Au décès de l’un des époux, le survivant conserve l’usufruit réglementaire du logement, tandis que les enfants reçoivent la nue-propriété. Selon le barème fiscal, l’usufruit du conjoint vaut 30 % si ce dernier a plus de 70 ans. La répartition se fixe donc à 240 000 € pour l’usufruit et 560 000 € pour la nue-propriété.
Dans ce scénario, l’usufruitier déclare uniquement sa part. Les descendants, bien que nus-propriétaires, ne paient rien pendant la durée de l’usufruit. Ce partage permet au conjoint survivant de continuer à vivre dans le logement sans supporter la charge d’un impôt disproportionné. Au décès du survivant, les héritiers récupèrent la pleine propriété sans droits supplémentaires. Le résultat est double : maintien du confort familial et optimisation de la transmission.
Étude de cas 2 : nue-propriété conventionnelle pour un investisseur
Prenons maintenant le cas d’un investisseur qui achète un appartement de 400 000 € en nue-propriété, avec un usufruit temporaire de quinze ans. Le prix payé est réduit de 40 %, soit 240 000 €. Durant toute cette période, il ne perçoit aucun revenu locatif et ne supporte aucune charge. L’usufruitier, généralement une société de gestion, gère la location et encaisse les loyers.
Au terme des quinze ans, celui qui investit récupère la pleine propriété sans frais supplémentaires. Si la valeur du bien s’est maintenue, il possède alors un actif valorisé à 400 000 € pour un coût initial de 240 000 €. Il a donc réalisé une revalorisation patrimoniale importante, sans imposition intermédiaire. Cette stratégie séduit ceux qui privilégient la valorisation à long terme plutôt que le rendement immédiat.
Comparatifs et alternatives
La pleine propriété offre un contrôle total, mais entraîne la charge de la gestion et l’exposition à l’impôt. Le démembrement, lui, différencie usage et possession, apportant souplesse et efficacité sur la taxation.
Le démembrement temporaire, souvent utilisé dans les montages professionnels ou les placements institutionnels, s’adapte aux besoins d’optimisation de court ou moyen terme. Il diffère du démembrement classique, davantage patrimonial et familial.
D’autres dispositifs peuvent compléter la stratégie : la donation simple pour transmettre un bien à moindre coût ; l’investissement via des parts de SCPI démembrées pour mutualiser les risques ; ou encore l’usufruit locatif social, qui favorise le logement à loyers modérés tout en réduisant la charge d'imposition. Chaque solution répond à un objectif distinct : générer des revenus, transmettre, ou préserver la valeur du capital.

